Discours de Rome

Discours de Jean-Philippe HUBSCH, Grand Maître du Grand Orient de France

Prononcé lors de la Rencontre des principales Obédiences Maçonniques Européennes

Le samedi 2 mars 2019 à Rome


ÊTRE FRANC-MAÇON AU XXIe SIÈCLE

Mes très chers Frères, mes très chères Sœurs, Dignitaires des obédiences maçonniques européennes présentes, Mesdames, Messieurs,

 C'est un plaisir et un grand honneur pour le Grand Orient de France d'être présent ici à Rome, pour apporter notre soutien aux francs-maçons de la Grande Loge d'Italie, et à tous les francs-maçons italiens en général, dans un contexte politique compliqué pour eux. En franc-maçonnerie, tout est symbole, et c'est par la force du symbole que nous espérons pouvoir faire avancer les choses, ici en Italie, mais aussi en France et sur l'ensemble du territoire européen. * * *

En franc-maçonnerie, tout est symbole, et c'est par la force du symbole que nous espérons pouvoir faire avancer les choses, ici en Italie, mais aussi en France et sur l'ensemble du territoire européen.La franc-maçonnerie actuelle n’est rien d’autre que le produit de l’histoire complexe de notre continent. C’est un fait social et culturel britannique qui s’est acclimaté dans toute l’Europe en se confrontant, trois siècles durant, aux vicissitudes des différentes histoires nationales, ce qui a donné le paysage si divers que nous lui connaissons aujourd’hui. La maçonnerie d’inspiration andersonienne s’est très rapidement diffusée en France mais, à la différence de l’Angleterre, au XVIIIe siècle, la France est un pays catholique, c’est le pays qui va faire la Révolution et, en effet, la franc-maçonnerie française connaîtra une évolution singulière. * * * Tout au long du XIXe siècle, les pratiques des maçonneries anglaise et française vont sensiblement s’éloigner. En Angleterre, les francs-maçons, proches du pouvoir, intégreront rapidement l’establishment alors qu’en France, ils deviendront suspects, tout juste tolérés et parfois, persécutés.

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Pourtant, dans la société politique très fermée du XIXe siècle français, associations et réunions étant prohibées, les loges, quoique très étroitement surveillées, seront finalement les seules structures actives tolérées. Elles deviendront ainsi, tout naturellement, les foyers souterrains de l’essentiel de la vie intellectuelle et politique du pays et se retrouveront pour cela confrontées à des adversaires redoutables.

Ferme soutien de tous les régimes autoritaires qui se succèdent, l’Église catholique, cherche activement à récupérer son pouvoir d’avant la Révolution. Elle prétend même aller très au-delà car le Concordat de 1801 a mis fin aux libertés gallicanes qui avaient si bien protégé les maçons français du XVIIIe siècle de toutes les condamnations papales. Les encycliques fulmineront sans répit contre la francmaçonnerie tout au long du siècle et les catholiques sincères n’auront plus désormais d’autre choix que de s’en éloigner. Un nouvel « entre soi » se développe ainsi dans les loges, où protestants, juifs, agnostiques et athées vont se retrouver majoritaires…

Devant les bouleversements sans précédent - humains, sociaux ou moraux - que charrie la révolution industrielle, il devient difficile aux maçons de prétendre travailler à la recherche de la vérité, en affirmant des principes de justice et de liberté, qui ont des conséquences sociales inéluctables si on veut les étendre à l’ensemble de la société, s’ils s’interdisent d’aborder la politique ou la question sociale. Aucun sentiment de trahir quoi que ce soit d’ailleurs, ils se souviennent de Ramsay qui, dès 1736, demandait aux francs-maçons de répandre au dehors « la discrétion, la morale pure, le goût des beauxarts et les devoirs de l’humanité ».

Afin que les loges demeurent, sans écarter personne, les foyers de réflexion vivants, ouverts et pluralistes qu’elles sont devenues, le Convent de 1877 modifiera la Constitution du Grand Orient de France. L’affirmation selon laquelle la franc-maçonnerie « a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme » sera remplacée par une profession de « liberté absolue de conscience » de ses membres. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, cette décision n’interdisait rien, elle se bornait à supprimer une obligation et créait pour les loges, la liberté d’accueillir et de faire dialoguer en leur sein toutes les options spirituelles. C’est ainsi que la franc-maçonnerie française s’est détachée de ses origines théistes, pour s’affirmer comme une maçonnerie spiritualiste et libérale.

Ce retour rapide sur le passé du Grand Orient de France, continuateur de la franc-maçonnerie des Lumières et porteur des idéaux démocratiques du XIXe siècle, m’a paru nécessaire parce qu’au moment de nous mettre en projet devant les défis de l’avenir, cette histoire nous oblige. * * * Des histoires différentes ont conduit à des options philosophiques, religieuses ou politiques très diverses mais, comme aimait à le rappeler notre F Bruno Étienne, tout cela est contingent, car « l’universalité de la Franc-maçonnerie » réside dans ses rituels. Engagé dans un espace-temps rituel qui abolit les références usuelles, déconnecté et comme rendu à lui-même, le franc-maçon, porté par le langage des symboles, leur logique analogique, l’enracinement traditionnel et mythique des valeurs, peut éprouver un sentiment de participation symbolique à l’universel. Illusion ou pas, qu’importe, si cela permet une méditation au cours de laquelle des idées, des
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conceptions, de la raison, peuvent naître et se développer, au-delà des sensations, émotions ou sentiments qui les ont suscitées.

À la recherche active de ce fameux « centre de l’union » dont parle Anderson, les loges sont des communautés qui mettent en œuvre une « fraternité élective », un « entre soi », en quête de pluralisme social, politique et religieux qui ne peuvent vivre et perdurer que parce qu’elles sont soudées par des rituels rigoureux et efficaces. En vérité, on entre en loge pour s’extraire de la temporalité et de la fureur du monde et aller à la recherche de soi. Arrivé à une connaissance suffisamment indirecte et soupçonneuse de lui-même, le franc-maçon pourra se trouver en capacité d’agir vraiment sur le monde à la lumière de la raison. Parce qu’il a compris cette réalité profonde, le Grand Orient de France a su s’engager simultanément dans les deux voies. Il a considéré que cette éthique et cette spiritualité pouvaient et devaient constituer une méthode, une voie, qui permettrait de mieux poser un certain nombre de problèmes de la vie collective. Certes, nul besoin d’être franc-maçon pour s’engager dans la Cité, cela n’est d’ailleurs en rien une obligation pour lui, ni une fin en soi, plutôt une résultante assez naturelle de son cheminement initiatique et chaque maçon peut l’éprouver à sa manière et à sa mesure.

Chaque franc-maçon travaillant à la construction de son « temple intérieur », les loges participeront à la vie de la Cité, inspirant et accompagnant notamment les progrès et les plus brillantes réalisations de la République. Pour cette raison - et nous en sommes légitimement fiers - la franc-maçonnerie fait en France, indiscutablement partie du patrimoine culturel national. * * * Ce début de XXIe siècle voit le règne de la « société automatique », produite par la domination mondiale d’une loi du marché affranchie de toute régulation, société qui entraîne, avec un accroissement des inégalités absolument inédit, la dépossession inexorable du plus grand nombre, en termes d’avoir, de savoir et de pouvoir. Devant des problèmes qui se posent à l’échelle planétaire, toutes nos sociétés sont en difficultés. En France comme dans les autres pays développés, on assiste à un épuisement des formes démocratiques qui se manifeste par la crise des partis politiques, la crise des institutions, la crise du collectif, la perte du commun… Toutes les décisions semblent échapper au citoyen et l’idée s’impose à lui, d’un monde somnambule sur lequel il n’a plus aucune prise. Avec ce formidable recul du politique, le corps social se délite dans des replis identitaires qui se multiplient au milieu d’une anomie qui se généralise…

Dans ce contexte si différent de la longue phase historique ascendante qui a précédé, que peuvent apporter encore à la Cité ces francs-maçons qui s’enferment dans leurs temples, autour de rituels surannés et d’un folklore décalé ?... Ont-ils vraiment quelque chose à dire à une société, qui d’ailleurs ne leur demande rien ?...

La franc-maçonnerie est dépositaire d’une tradition dont elle entend assurer la transmission. Elle est sans doute la seule institution contemporaine à privilégier la voie initiatique pour transmettre le sens profond de ses symboles et de ses valeurs. Quels sont ses engagements ?...

D’abord, les francs-maçons sont à la recherche de la vérité. Cette recherche du vrai est un besoin vital de l’homme, un besoin auquel il ne peut se soustraire. Au
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moment où notre monde sombre dans l’ère de la « post-vérité », il est plus que jamais essentiel de rappeler qu’il n’est rien de plus important que de dire le vrai.

Approcher cette vérité, « lumière effrayée, astre en fuite », pour Victor Hugo, est un véritable travail qu’on ne peut accomplir seul. Il faut apprendre à penser, à penser la contradiction, à penser contre, y compris contre soi-même, contre ses propres certitudes… Rechercher la vérité dans cette perspective, c’est aussi s’efforcer de devenir lucide, abolir les obstacles intérieurs, réaliser son unité intérieure et s’appliquer à la compréhension du sens. Ce sont les conditions essentielles d’une vraie ouverture à l’autre, c’est la dimension initiatique de l’expérience vécue en Loge.

L’homme que nos rituels ont vocation à libérer et à recentrer est toujours un homme inséré dans une relation solidaire. Pour exister, le franc-maçon doit être reconnu comme tel par ses Frères et de ce point de vue, les francs-maçons d’aujourd’hui ne sont pas différents de ceux d’hier. Ce qui est central, ce n’est jamais l’individu promu pour lui-même, c’est l’être en relation. Porté par leur utopie de la fraternité universelle, l’humanisme des maçons, qui s’adresse à l’humanité toute entière, est fondamentalement universaliste. Alors que dans le monde qui se globalise les cultures ne peuvent survivre qu’en s’affrontant entre elles, l’humanisme universaliste des francs-maçons postule l’unité du genre humain audelà des diversités et veut établir l’égalité dans ce qui importe à tous : la justice, l’instruction, la santé… C’est notamment pour cela qu’il défend une éthique de séparation rigoureuse entre l’État et les religions, ce qu’on appelle en France la laïcité. L’universalité de la loi commune, qui ne se réfère à aucune religion pour pouvoir s’imposer à l’ensemble des citoyens, protège l’espace social de la pression envahissante de tous les groupes religieux ou communautaires, afin qu’il puisse demeurer un lieu d’expression libre des convictions de chacun et de tous les droits de l’homme.

À la différence du culturalisme qui condamne à l’antagonisme des visions identitaires et interdit tout projet politique collectif, la vision universaliste de la diversité qui est celle des francs-maçons, sait respecter les différences en postulant l’égalité, dans un projet collectif d’union, de progrès et d’émancipation. Depuis leurs origines, les francs-maçons sont des militants de l’universel.

Universelle, cette fraternité fondée sur la liberté est aussi un effort qui exprime un lien : les humains sont interdépendants, entre eux et avec tout ce qui les entoure. « Rien n’est solitaire, tout est solidaire ! » disait encore Victor Hugo… Mais une vague déferlante de droits individuels submerge la société depuis plusieurs décennies, emportant toutes les valeurs morales collectives sur son passage. L’individualisme consumériste qu’elle promeut met à mal la notion même de solidarité. L’idée même d’un droit social ou d’une protection sociale sont méthodiquement détricotées sous nos yeux et le travail, au centre de notre démarche initiatique et de l’organisation sociale, au cœur de toute aspiration à un progrès collectif, le travail fait défaut dans une société de plus en plus inégalitaire. Les francs-maçons défenseurs de l’égalité, s’engagent pour la réduction de toutes les inégalités sociales, y compris bien sûr, entre les hommes et les femmes.

Le post-modernisme de la fin du XXe siècle rejetait l’humanisme des Lumières. Aujourd’hui, les développements techniques de la science semblent menacer la nature humaine, elle-même. La société numérique, l’intelligence artificielle, le transhumanisme,
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exigent de nouveaux engagements humanistes. Les francs-maçons, mainteneurs de l’humanisme, doivent être capables de penser le progrès à partir de leur conception de l’homme et de dire ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas.

La Chaîne d’union, qui nous lie dans le temps comme dans l’espace, est l’expression rituelle d’une solidarité essentielle qui nous engage en conscience vis à vis des générations futures.

Enfin, Goya nous avait prévenus, « Le sommeil de la raison engendre des monstres » et le siècle s’ouvre en effet sur d’effrayantes perspectives. Des mouvements politiques, des résurgences de masse comme les mouvements évangéliques, l’offensive planétaire des mouvements islamistes, le prosélytisme des religions sur les positions les plus conservatrices et les plus violentes, des contestations radicales de la science et du progrès, comme les mouvements antiévolutionnistes, viennent mettre en danger toutes les fragiles conquêtes de la raison, au nombre desquelles, les équilibres démocratiques sont les plus vulnérables. Or, si les francs-maçons travaillent avec des outils symboliques, ils le font toujours à la lumière de la raison. C’est du triomphe de la raison humaine qu’ils attendent un monde meilleur et c’est dans ce but qu’ils se mobilisent. * * * On constate aujourd’hui que nos loges suscitent un intérêt accru et renouvelé, ce qui semble indiquer que face aux nouveaux défis du temps, l’éthique, la spiritualité et la méthode maçonniques restent perçues comme des approches pertinentes et fécondes. Comment l’expliquer ?... Je serais tenté d’y voir trois raisons principales :

La première, c’est qu’il est devenu quasiment impossible de penser « une autre société » que celle que nous avons tous le sentiment de subir… Le progrès est dénoncé comme une illusion, soumis à l’incertitude et aux menaces, le futur est inconcevable, et on peine à donner un sens au présent… Dans cette impasse, la loge maçonnique semble être encore perçue comme un lieu de projet.

La deuxième, c’est que grâce au retrait ou à l’extériorité qui la constitue, la loge reste capable de s’en tenir à la radicalité du point de vue ce qui lui permet sans doute de préserver l’espoir qu’un dépassement du réel est toujours possible à penser. La maçonnerie peut aider par exemple à concevoir un monde où le désir de spiritualité, pourrait enfin être délivré de la nécessité d’appartenance.

Enfin, la troisième raison me semble-t-il, c’est qu’on continue à créditer la francmaçonnerie de la conviction forte que les hommes inventent leur avenir, que l’histoire n’est pas terminée et qu’elle n’a pas de fin, à l’image du chantier mythique des maçons qui, tous le savent, est à jamais inachevé !… Au milieu du désordre globalisé, avec le crépuscule des grandes utopies collectives, la crise de l’État-providence, l’échec du politique, les défis écologiques, on voit émerger l’idée qu’il n’est plus de changement social ou politique qui ne passe par une transformation des comportements et un décentrement des points de vues. Il se trouve que c’est à cela précisément, que travaillent les loges… * * * Aujourd’hui comme hier, les francs-maçons cherchent le perfectionnement de soi, l’éveil de la conscience, des réponses à la question du sens et ils s’intègrent dans une continuité spirituelle en prenant conscience de la solidarité universelle.
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Aujourd’hui comme hier, dans le même mouvement, avec leurs outils symboliques et leur méthode, ils réfléchissent aux problèmes de la vie collective et participent à la vie publique. Aujourd’hui, plus qu’hier, la question de l’action paraît difficile. Comment faire levier ?... Depuis ses origines nobles et bourgeoises la franc-maçonnerie s’est considérablement ouverte, elle doit pourtant le faire davantage si elle veut diffuser le sens de ses symboles, ses valeurs et ses engagements, dans toutes les couches de la société. Son rayonnement est avant tout celui de chaque franc-maçon dans le cadre de sa vie sociale, de son environnement professionnel, dans des groupes associatifs, humanitaires, politiques, dans l’appareil d’État. Mais les loges et l’obédience s’« extériorisent » de plus en plus pour rencontrer le public et débattre avec lui.

Avec ses outils traditionnels de pacification progressive des échanges, la maçonnerie est ainsi une espèce de laboratoire de société, laboratoire du lien social avec une ambition d’universalité. Les francs-maçons du Grand Orient de France continueront de faire dialoguer en eux, dans les loges et au dehors, l’homme de tous les temps immergé dans le continuel présent mythique de son initiation avec l’homme de son temps, pleinement engagé dans l’histoire.

Jean-Philippe HUBSCH Grand Maître du Grand Orient de France

Discours du Grand Maïtre sur la laïcité  

Discours du Grand Maître Jean-Philippe HUBSCH à l’Institut Diderot le 29 janvier 2019

       
    
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Vous avez bien voulu m’inviter à vous parler de l’avenir de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat et je vous en remercie. C’est avec grand plaisir que je vais vous exposer le point de vue du Grand Maître du Grand Orient de France, et donc celui de mon Obédience.
Mais auparavant, je crois utile de vous donner quelques informations sur ce qu’est le Grand Orient de France. En ces temps de regain de l’anti-maçonnisme comme d’autres formes de rejet de l’autre avec le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, il ne me semble pas inutile de vous livrer quelques données historico-philosophiques.
Le Grand Orient de France est la plus ancienne des Obédiences maçonniques en France. Elle est également la plus importante numériquement : 53 000 membres répartis dans environ 1 360 structures de base que sont les Loges. La particularité du Grand Orient de France c’est qu’il est une fédération de Loges qui disposent d’une large autonomie de fonctionnement et d’expression, pour autant que, comme toute association, et le Grand Orient de France est une association de loi de 1901, ces Loges et leurs membres respectent le règlement intérieur composé d’une constitution qui énonce les valeurs qui prévalent, et le règlement général qui fixe nos règles de fonctionnement.
Le Grand Orient de France se veut adogmatique et libéral au sens idéologique du terme. Son propos est d’étudier, de dialoguer, de réfléchir sur soi-même et sur les autres, en ayant recours au symbolisme ou pas.
Notre Obédience n’est pas un adversaire des religions. On peut être Franc-maçon et catholique, Franc-maçon et juif ou franc-maçon et musulman, mais on peut être aussi agnostique ou athée. Le Grand Orient de France est simplement laïque, dans l’esprit de Victor Hugo quand celui-ci donnait cette définition de la laïcité : « l’État chez lui, l’Église chez elle ».
Historiquement, la Franc-maçonnerie, née en Angleterre et en Ecosse au XVIIIème siècle (je passe sur les origines supposées qui se prévalent de l’Egypte ancienne, des bâtisseurs de cathédrales et des corporations du Moyen-Âge), est arrivée en France au cours de la première moitié du XVIIIème siècle. On raconte que ce sont les Stuarts, vaincus en Angleterre, et qui se sont installés à Saint-Germain-en-Laye, qui ont introduit la Franc-maçonnerie en France, via des Loges militaires. Ce sont ces Loges qui ont décidé d’organiser annuellement une fête qui perdure de nos jours sous le nom de … Fête des Loges.
Je prends un raccourci historique pour vous indiquer que la Grande Loge de France est créée officiellement en 1756 par la réunion de Loges dites « anglaises » et « écossaises ». C’est en 1772 que la Grande Loge Nationale de France est créée, et en 1773 qu’elle prend le nom de Grand Orient de France. Ai-je besoin de vous préciser que toutes ces créations et réformes se font sous l’autorité de hauts dignitaires de la monarchie et de l’aristocratie françaises ? Que ce soit sous la monarchie ou sous l’Empire, le pouvoir entend exercer un contrôle strict des organisations qui pourraient prendre des libertés dangereuses à ses yeux.

En 1789, le nombre de Loges est proche de mille. Toutes les classes de la société autres que le tiers-état y sont présentes. Bailly, Talleyrand, Brissot, La Fayette, Condorcet, Marat, Guillotin comptent parmi les Francs-maçons les plus connus. Mais la Révolution, et notamment la Terreur, se montrent hostiles à ces personnalités et nombre d’entre elles périront sur l’échafaud ou partiront en exil.
Sous l’Empire, Napoléon exerce sans surprise une tutelle serrée sur la Franc-maçonnerie, qui est dirigée par ses proches.
Avec la IIIème République, l’antagonisme entre la Franc-maçonnerie et l’Eglise conservatrice s’accentue. Celle-ci va jusqu’à excommunier les catholiques qui adhèrent à la Franc-maçonnerie. Reconnaissons qu’à cette époque, cette hostilité est parfois réciproque.
Quoiqu’étroitement surveillées, les Loges maçonniques ont été dans la société politique très fermée du XIXe siècle français, les seules associations actives tolérées et donc, tout naturellement, les foyers souterrains de l’essentiel de la vie intellectuelle et politique du pays. Voilà pourquoi dès la capitulation de Sedan, la République a surgi toute armée des Loges. Victor Schœlcher, Léon Gambetta, et tous les Jules : Simon, Grévy, Favre et surtout Ferry, pour ne citer que ces personnalités éminentes de la première génération républicaine, tous sont directement issus des Loges. L’abolition de l’esclavage, l’école obligatoire, sont deux exemples parmi d’autres des progrès sociétaux préparés par des Francs-maçons.
Dans l’histoire du Grand Orient de France, il convient de noter que le Convent (assemblée générale des représentants de toutes les Loges) de 1877 a voté l’abandon de la référence obligatoire au Grand Architecte de l’Univers. Ce même Convent a voté en 1901 contre la mixité… à une voix près (alors que la République avait été instituée en 1870 à la même majorité par l’amendement Wallon…). Il faudra attendre 2008 pour que la mixité soit acceptée au sein du Grand Orient de France, non pas en étant généralisée à toutes les Loges, mais en laissant celles-ci libres de devenir mixtes ou de rester masculines. A ce jour, soit 10 ans plus tard, environ la moitié de nos Loges sont devenues mixtes. Ceci étant, je tiens à préciser qu’il existe depuis plus d’un siècle une maçonnerie féminine et une maçonnerie mixte en France.
Dernière considération sur la Franc-maçonnerie, en particulier au Grand Orient de France : le secret maçonnique. Beaucoup de fantasmes s’appuient sur cette notion de secret qui servirait à cacher des pratiques sournoises et malintentionnées. Je voudrais apporter quelques précisions à ce propos : - ce secret existe quant aux échanges qui ont lieu en Loge. Non pas parce qu’un quelconque complot s’y tramerait, mais tout simplement pour favoriser la liberté d’expression à laquelle nous sommes fortement attachés ; - à l’inverse d’autres pays dans lesquels l’appartenance à la Franc-maçonnerie est publique, la France a subi durant la deuxième guerre mondiale un traitement oppressif qui a laissé des traces dans les esprits, ce qui explique encore aujourd’hui ce besoin de discrétion ; - et en tout état de cause, le travail en Loge se vit, il ne se raconte pas. Tout Francmaçon du Grand Orient de France qui le veut peut faire connaître son appartenance. En revanche, il lui est interdit de révéler celle d’un autre membre.
La Franc-maçonnerie n’est donc pas secrète, elle est discrète.
De plus, ma réponse volontiers positive à votre aimable invitation illustre le caractère relatif de ce secret.

J’ajoute pour terminer ce propos liminaire, que la transparence totale que d’aucuns réclament, est un des attributs des régimes totalitaires, certainement pas des régimes démocratiques, n’en déplaise à l’actuel gouvernement italien.

De la loi de 1905 et des projets de la réformer.
« Poincaré sait tout, mais il ne comprend rien ; Briand ne sait rien, mais il comprend tout ». C’est avec le sens des formules tout en nuances qui le caractérisait que Clémenceau a, à sa manière, rendu hommage à celui qui, rapporteur du projet de loi sur la séparation des églises et de l’État, a fait de la laïcité un garant de la paix civile.

Il est des sujets de débat qui, dans notre pays, semblent remisés, oubliés, et qui, soudain resurgissent au grand jour. Le thème de la laïcité est un exemple de ceux qui fonctionnent « en courant alternatif ». Alors qu’il semblait ne plus intéresser que quelques « laïcards » passionnés et des fondamentalistes minoritaires, il est de nouveau d’actualité en raison de prises de position ou de préconisations de certains de nos dirigeants.
Le Président de la République propose de réformer la loi de 1905 pour l’adapter aux circonstances nées de l’émergence d’une religion devenue numériquement deuxième de France. Il inscrit même ce sujet à l’ordre du jour du « grand débat national » qu’il vient de lancer.
Qu’en pense un Franc-maçon du Grand Orient de France ?
Notre Obédience a signé « l’appel des 113 » qui exprime l’opposition des signataires à la modification de la loi de 1905. Si des problèmes existent incontestablement sur l’organisation et l’exercice de certains cultes, la loi de 1905, la jurisprudence du Conseil d’Etat, voire des textes particuliers y pourvoient ou pourraient y pourvoir. Nous nous opposerons à toute modification des articles 1 et 2 de la loi et à toute disposition qui aurait pour but de modifier la nature des relations entre l’Etat et les cultes.
Notre vigilance est d’autant plus en éveil que la récente lettre du Président de la République aux Français évoque la laïcité en ces termes : « Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ? ». Il ne s’agit pas de faire un procès d’intention au premier de nos dirigeants, même si son discours prononcé devant les évêques de France au Collège des Bernardins a pu nous laisser pour le moins perplexes. Car, principe emblématique de la tradition républicaine française, sacralisé par la IIIe République, et proclamé par l’article premier de la Constitution de la Vème République, la laïcité est aujourd’hui dangereusement remise en cause par les fanatismes et les intolérances, qu’elles soient culturelles, politiques, économiques, religieuses, raciales. La laïcité n’est plus correctement défendue et la pire des confusions règne autour de cette notion.
Tantôt la laïcité est confisquée au profit d’un projet identitaire et utilisée comme une arme contre l’islam. Tantôt, et à l’opposé pourrait-on dire, elle est réduite à un simple principe de tolérance au service d’un projet multiculturaliste d’organisation des assignations identitaires. Elle est aussi présentée quelquefois comme une espèce de religion civile – celle des citoyens qui n’auraient aucune religion –, quand elle n’est pas vue comme une simple machine de guerre contre les convictions et les sentiments religieux !... Chacun à sa manière, tous ces discours constituent autant de dénaturations de la laïcité républicaine.

Dans notre pays la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France est volontiers associée à la laïcité. Avec ses prises de position vigilantes à chaque menace supposée, on la verrait même – sans jouer sur les mots – en « gardienne du temple » !...
Dès ses tout premiers pas, la Franc-maçonnerie moderne développe une pensée universaliste. La Loge qui travaille à ce « centre de l’union » est une communauté qui met en œuvre une « fraternité élective » en quête de pluralisme social, politique et religieux.
Elle est le lieu d’une certaine égalité, marque de tolérance et d’ouverture. En Loge, accepter la différence de l’autre, accueillir sa parole et la respecter est, pour tout Francmaçon, une exigence absolue. Mais la prise en compte de cette altérité se fait dans le cadre de références communes qui ne peuvent être transgressées.
Avec ses outils traditionnels de pacification progressive des échanges, la Francmaçonnerie est ainsi une espèce de, non pas conservatoire, mais laboratoire de société, laboratoire du lien social, qui fait tout naturellement germer le principe de laïcité.
Selon nous, la République a pour ambition une construction permanente du lien civique par-delà les assignations identitaires de chacun, dans la recherche et la préservation de ce qui est commun à tous. À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, la Franc-maçonnerie a été véritablement partie prenante des combats politiques pour la construction de la laïcité au sein de l’État. Les conceptions qu’elle a défendues n’étaient pas différentes de celles que la République s’est s’attachée à mettre en œuvre.
La laïcité, c’est un principe qui repose sur le primat de la liberté de conscience. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 tient la religion pour une « opinion » comme une autre (article 10), qui relève donc exclusivement de la liberté de chacun. Il en découle nécessairement l’égalité de toutes ces options spirituelles au regard de la loi et donc, l’égalité de tous les citoyens quelles que soient leurs opinions ou leur religion. L’universalité de la loi commune, qui ne doit se référer à aucune des diverses religions pour s’imposer à l’ensemble des citoyens, est indispensable.
La loi du 9 décembre 1905 pose les fondements de ces principes juridiques. Avec une concision et une limpidité qui caractérisent le législateur de la IIIème République, l’article 1er de cette loi proclame : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. ».
L’article 2 commence ainsi : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
Ce sont ces dispositions qui vont étayer les principes généraux du droit sur lesquels le Conseil d’Etat construit sa jurisprudence, comme le Conseil constitutionnel qui s’appuie sur les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Le Conseil d’Etat a ainsi bâti une jurisprudence sur la laïcité qui peut se résumer en quatre propositions : 1- La laïcité est un fondement de liberté ; 2- La notion de « culte » est centrale, même si elle n’est pas aisée à définir ; 3- Le principe reste la conciliation entre la liberté de culte et l’ordre public ; 4- Par exception, des interdictions limitées et proportionnées peuvent se justifier.


Je m’arrête un instant sur la deuxième proposition relative à la notion de culte. S’appuyer sur la jurisprudence du Conseil d’Etat relative au contrôle de la qualité d’association cultuelle pour modifier la loi de 1905 en vue, selon ce que nous pouvons savoir des intentions des pouvoirs publics, de consolider la gouvernance des associations cultuelles et mieux responsabiliser leurs dirigeants, me paraît risqué. En effet, la jurisprudence a pour objet de garantir la bonne application de la loi, pas de la modifier. Amender la loi de 1905 pour renforcer le contrôle d’un culte, le culte musulman, même si ce n’est que pour lutter contre les dérives fondamentalistes, ouvre la voie à ce qui peut s’analyser comme une ingérence de l’Etat dans le fonctionnement d’une « église » (au sens large du terme). Le principe de séparation entre les Eglises et l’Etat implique que l’Etat ne se mêle pas du fonctionnement d’un culte. Si l’ordre public est atteint par une pratique religieuse illégale, l’Etat intervient pour réprimer cette atteinte non pas au titre du culte, mais au titre de l’infraction et de ses auteurs. Je mets donc en garde contre toute tentation de régler un problème, certes réel, par des dispositions contraires à la loi de 1905 et qui plus est, risquent d’être inefficaces, voire anticonstitutionnelles.
Car, de son côté, le Conseil constitutionnel a, par une décision du 19 novembre 2014, réaffirmé la nature constitutionnelle de la laïcité.
Ce principe de laïcité est donc inscrit dans les « gênes » de la République. Nul ne peut donc le manipuler sans prendre des risques inconsidérés.

Du principe de laïcité en entreprise :
En ce qui concerne l’application du principe de laïcité en entreprise, chacun sait ici que ce sont les juridictions judiciaires qui sont compétentes. Un des arrêts de la Cour de cassation les plus emblématiques est celui du 25 juin 2014 qui valide le licenciement d’une salariée de la crèche Baby-Loup pour non-respect des dispositions du règlement intérieur. Ce ne sont cependant pas les principes de laïcité qui ont été retenus par la Cour qui a considéré que ceux-ci ne s’appliquent pas aux entreprises privées. Même si, selon les constatations de l’Observatoire de la laïcité, le fait religieux ne soulève que très peu de problèmes en entreprise, il est utile de se rappeler que selon la jurisprudence, il est possible de restreindre, voire d’y interdire la manifestation d’un fait religieux selon six critères : 1. s’il y a atteinte aux règles de sécurité ou de sûreté ; 2. s’il y a atteinte aux conditions d’hygiène et de propreté ; 3. s’il y a prosélytisme par des actes, des écrits et des paroles ; 4. s’il y a atteinte à la mission professionnelle pour laquelle l’embauche a été effectuée ; 5. s’il y a atteinte à l’organisation du service ; 6. s’il y a atteinte aux intérêts économiques de l’entreprise.
Mais là encore, la vigilance est de mise. Car quand les tribunaux français optent pour une direction, certaines instances internationales en choisissent une autre. Ainsi, dans le cas de l’affaire Baby-Loup, les conclusions définitives de la Cour de cassation sont contredites par le comité des droits de l’Homme de l’ONU en s’appuyant sur les articles 18 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel la France a souscrit. Ce comité considère que le licenciement de la salariée a été décidé au mépris des dispositions de ces deux articles. Le Grand Orient de France, vigie de la République, ne prétend pas mettre en cause le droit international, ses instances et les engagements de la France. Pour autant, il s’étonne de cette prise de position et de cette intrusion extérieure qui contredit nos grands principes constitutionnels.

Des périls actuels :
La construction républicaine se définit par son caractère universaliste dont la laïcité est un outil essentiel. Or, on assiste aujourd’hui à une recrudescence de manifestations d’affirmation identitaire inspirées par la religion. Elles débordent très largement les questions du culte, en contestation ouverte de la laïcité et des principes républicains. On observe également que la liberté de conscience et l’égalité de tous reculent, et ne sont plus garanties dans certains espaces privés.
Au moment même où il apparaît donc qu’il faudrait sans doute que notre laïcité constitutionnelle puisse s’exercer, au-delà des services publics, dans la protection de l’espace social, « lieu de partage sous le regard d’autrui », face aux revendications pressantes d’expression religieuse, on s’aperçoit que la laïcité a perdu beaucoup de la force symbolique qui était la sienne. L’État républicain a le devoir de s’impliquer dans la défense de projets universalistes, face aux attaques communautaristes de certains groupes de pression.
Comme l’ensemble de nos Loges s’y efforce, la République se doit de créer du commun, du public. Elle doit savoir lutter contre les discriminations à partir de l’égalité, en mettant en avant ce qui est commun aux individus et aux groupes sociaux, et non à travers la reconnaissance identitaire, reconnaissance qui se refermera comme un piège implacable sur le citoyen et sur ses droits.
Un État neutre, uniquement sensible à la liberté de l’individu citoyen, est un modèle moderne et porteur de progrès pour l’avenir. Son instrument fondamental est la laïcité qui reste seule capable de féconder une pensée universaliste de la diversité. Elle apparaît comme un principe universel de pacification sociale.
La laïcité devient ainsi un principe d’organisation sociale. La puissance publique et la sphère publique qui lui est associée doit constituer, établir et garantir les droits et libertés dont bénéficiera l’universalité des citoyens, et s’astreindre à une réserve absolue en matière d’options spirituelles.
La sphère privée est celle des individus et des communautés, libres dans le respect de la loi. Chaque citoyen doit pouvoir exercer ces libertés individuelles et privées que sont les libertés de conscience, d’opinion – religieuse ou autre – et d’expression, en dehors du domicile privé, au niveau de l’espace civil ouvert à tous, dans le respect du droit commun et de l’ordre public.
L’État est en même temps garant de l’indépendance de ces deux sphères publique et privée et de l’unité de la communauté politique des citoyens autour des valeurs communes partagées.
Dans une société laïque, la reconnaissance du droit de chacun à construire et exprimer sa différence est ainsi toujours conçue dans un espace de relation, confrontation et dialogue avec les autres. Ce comportement représente évidemment un idéal difficile à construire et à atteindre, qui a produit dans notre pays un mode de vie objet d’un consensus durable, sorte de « miracle républicain » après les débats passionnés qui l’ont précédé.
Nul n’a à connaître les choix philosophiques ou religieux des uns et des autres, et encore moins à vouloir les dicter. Ils leur appartiennent. Personne ne doit les connaître, surtout pas l’État d’ailleurs, qui s’interdit notamment de les recenser. Là encore, la religion est appréhendée comme un choix individuel, une opinion – dont on peut changer – et pas comme une appartenance. Le culte public, qui est légitime, se pratique dans les lieux qui lui sont normalement réservés et cela s’est traduit dans notre pays par l’émergence progressive d’une culture partagée de la discrétion des expressions religieuses dans la société civile.

C’est l’essence même de la tradition historique et juridique française qui voit dans cette discrétion partagée le meilleur moyen d’assurer à tous la possibilité de vivre ensemble dans une cohabitation sereine et apaisée, reposant sur le respect des pensées différentes.
Fondamentalement, si la laïcité française respecte toutes les options spirituelles, c’est d’abord en tant qu’elles sont des expressions de la liberté de conscience des citoyens. Ainsi la République se souciera sans doute moins expressément de l’individu dont l’appartenance à une communauté est acquise que de l’athée, de l’agnostique ou du croyant individualiste en rupture avec son groupe, parce que ceux-ci sont seuls et que leur liberté a besoin de la protection de l’État, qui doit être capable de protéger également le droit de croire et celui de blasphémer. Et comme le dit l’adage « la loi protège la foi tant que la foi ne prétend pas faire la loi ».
A un moment où l’unité de notre pays est en péril, où de vieux et pernicieux démons redressent la tête, la laïcité est un des garants de la République et de la paix civile. Il convient d’exercer une vigilance de tous les instants pour en promouvoir les bienfaits et en faire une source d’inspiration plutôt qu’un motif de confrontation. Le Grand Orient de France joue et jouera le rôle que les Francs-maçons se sont assignés pour concilier progrès social et valeurs républicaines. Sa constitution proclame que la Franc-maçonnerie a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Ces principes prennent vie avec la laïcité. Il faut donc la défendre et la promouvoir sans relâche. C’est seulement ainsi que l’unité nationale sera préservée et que chaque femme et chaque homme qui réside sur notre territoire sera respecté.